L’or comme protection contre l’inflation et les crises

Le métal précieux est-il utile pour anticiper les périodes d’incertitude ?

Lors de crises économiques, l’or est régulièrement présenté comme une valeur refuge. Les travaux de la Reisebank « La place de l’or dans un portefeuille (2025) » confirment que ce statut n’est pas infondé. Les auteurs y évaluent les atouts de l’or aujourd’hui. Parmi leurs hypothèses de recherche : l’or protège contre l’inflation et contribue à préserver le patrimoine en période de crise. Reste à savoir pourquoi et si les faits le confirment.

Important

Cet article ne constitue pas un conseil en investissement et ne remplace pas l’avis personnalisé d’un conseiller financier. Il fournit des renseignements à titre informatif pour toute personne qui s’intéresse à l’or ou aux métaux précieux.

L’essentiel à retenir

L’or protège-t-il réellement contre les crises ?

L’étude « La place de l’or dans un portefeuille (2025) » part du principe que l’or constitue un placement stable en période d’incertitude économique. Contrairement aux monnaies nationales, exposées aux politiques des banques centrales, l’or physique conserve son indépendance. L’analyse montre qu’il a historiquement joué un rôle stabilisateur lors de fortes inflations et de tensions sur les marchés.

Les auteurs, Jens Kleine et Tilmann Gerhards de la Reisebank, apportent toutefois une nuance importante. Cette efficacité n’est pas systématique. Elle dépend du contexte économique et de l’horizon de placement. Si l’or remplit son rôle protecteur quand l’inflation est élevée ou que l’environnement est instable, sa performance est plus variable en période favorable. Les auteurs recommandent donc de l’intégrer comme composante d’une stratégie de diversification, et non comme unique solution contre l’inflation et les crises.

Quelle est la performance de l’or physique ?

Beaucoup s’interrogent sur la performance de l’or physique car il ne produit ni intérêts ni revenus réguliers. Sa valeur repose uniquement sur l’offre et la demande. Chaque jour, les marchés internationaux fixent le prix de l’once troy (31,103 g) sur cette base. Le prix est d’abord coté en dollars, puis converti en francs suisses, euros ou livres sterling selon les taux de change du jour.

Pièces d’or d’une once : Philharmoniker, American Gold Eagle, Maple Leaf.
Pièces d’investissement en or fin d’une once troy.
© magele-picture - stock.adobe.com

L’historique du cours révèle son comportement. Jusqu’en 1971, le prix était arrimé au dollar via l’étalon-or. La vraie évolution démarre donc en 1972. À l’ouverture du marché libre, l’once valait environ 110 dollars, contre 35 dollars auparavant. Les hausses les plus marquantes datent des années 1970, puis de la crise financière de 2007, où l’once a frôlé les 1 900 dollars. Depuis, le cours de l’or progresse dès qu’une crise se profile ou que l’inflation s’accélère. On peut citer comme exemples récents la pandémie de Covid-19 dès 2019, ainsi que les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient depuis 2022. En octobre 2025, le cours de l’or a franchi pour la première fois les 4 000 dollars l’once. Sur l’ensemble de 2025, il a gagné plus de 50 % face à la plupart des devises.

Pour les experts, les tensions politiques restent un catalyseur de ces hausses. La forte demande des investisseurs particuliers s’explique par la volonté de se prémunir contre les pertes en capital et l’inflation. De leur côté, les banques centrales renforcent leurs réserves.

Qu’est-ce que l’inflation ?

L’inflation désigne une hausse globale et durable des prix des biens et des services. Ce phénomène entraîne une baisse du pouvoir d’achat : les consommateurs obtiennent moins de biens et services pour une même somme. De la même façon, la valeur de l’épargne diminue si les taux d’intérêt ne compensent pas la hausse des prix.

Ce dérèglement apparaît d’abord quand la demande dépasse l’offre. Les coûts de production augmentent et les entreprises répercutent cette hausse sur les prix à la consommation. Une injection de liquidités par les banques centrales pour stabiliser l’économie peut provoquer un effet similaire. L’inflation s’aggrave aussi avec les tensions politiques, les crises géopolitiques, les ruptures d’approvisionnement ou la raréfaction des matières premières. Son taux se mesure en pourcentage, par rapport à l’année précédente ou au mois précédent.

Après la pandémie et la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, l’inflation a atteint 7,9 % en Allemagne en 2022. Durant cette période, le cours de l’or a progressé dans des proportions similaires, atténuant la perte de pouvoir d’achat. À titre de comparaison, l’inflation s’est établie à 2,8 % en Suisse et à 6,4 % dans la zone euro. À l’inverse, des niveaux extrêmes oscillant entre 30 % et 100 % ont été enregistrés au Soudan du Sud, en Égypte, en Turquie et en Argentine.

Comment l’or limite-t-il les effets de l’inflation ?

Pour faire face à la hausse du coût de la vie et protéger leur patrimoine de l’érosion monétaire, beaucoup d’investisseurs achètent de l’or physique en lingots ou en pièces. Comment l’or protège-t-il concrètement contre l’inflation ? Les auteurs de l’étude de la Reisebank identifient plusieurs caractéristiques qui font de l’or un actif stable et fiable. La première est sa rareté. L’or ne se fabrique pas à volonté et les réserves terrestres restent limitées. Cette contrainte se renforce avec le coût élevé de l’extraction et du recyclage. Pour Jens Kleine et Tilmann Gerhards, ces facteurs créent un plancher naturel des prix.

Empilement de pièces d’or avec étiquette « Inflation ».
L’inflation fait partie de notre système monétaire. L’or permet-il de se protéger contre la dépréciation monétaire ?
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Autre caractéristique : la demande mondiale est variée. Selon le World Gold Council, plus de 50 % de l’or est destiné à la joaillerie. Environ 26 % alimente l’investissement et près de 13 % correspond aux achats des banques centrales. L’industrie, la technologie et le secteur médical en utilisent aussi.

« Cette diversité d’usages contribue largement à la valeur de l’or », soulignent les auteurs. Elle explique pourquoi beaucoup le voient comme une valeur refuge, au-delà de son rôle monétaire.

L’or présente l’avantage d’être indépendant du système fiduciaire. Son cours n’est plus indexé à une devise et évolue librement. Ainsi, quand le dollar perd du terrain à cause de l’inflation, l’or conserve généralement sa valeur. Il a même tendance à s’apprécier quand la demande augmente en période de crise.

L’or protège-t-il de l’inflation selon les générations ?

L’étude de la Reisebank analyse le lien entre l’âge et les choix de placement. Elle montre que les seniors perçoivent surtout l’or comme une valeur refuge. Les 18 à 24 ans, eux, préfèrent les alternatives numériques comme le bitcoin. Pourtant, ces jeunes investisseurs s’intéressent aussi à l’or. Cet intérêt progresse avec l’âge. À l’inverse, l’engouement pour le bitcoin recule avec l’âge.

Résultats de l’enquête sur le bitcoin et l’or, triés par tranche d’âge.
Résultats de l’enquête par tranche d’âge :
Rouge : Oui, j’investirais dans le bitcoin plutôt que dans l’or.
Gris : Oui, mais uniquement sous certaines conditions.
Orange : Non, je ne considère pas le bitcoin comme un substitut à l’or.

Conclusion : l’or confirme-t-il son rôle de protection contre l’inflation et les crises ?

Dans leurs travaux, Jens Kleine et Tilmann Gerhards estiment que l’or conserve une bonne stabilité de valeur en période d’inflation, y compris sur le long terme. Quand la hausse des prix s’accélère, son cours peut même progresser en parallèle. Les auteurs rappellent cependant que la littérature scientifique n’est pas unanime et que d’autres recherches arrivent à des conclusions différentes.

L’analyse des données passées montre toutefois que, lors des pics inflationnistes, le métal a conservé son pouvoir d’achat, voire s’est apprécié. Il remplit donc bien une fonction de protection contre l’érosion monétaire.

Le constat est similaire en temps de crise. Lors des épisodes d’incertitude économique, et surtout en cas de tensions géopolitiques, les craintes des investisseurs entraînent une hausse des achats d’or. Plusieurs études confirment ainsi son rôle de valeur refuge à court terme quand les marchés sont sous tension.

Il faut néanmoins rappeler que l’idée selon laquelle « l’or protège contre l’inflation et les crises » ne représente qu’un axe de l’analyse « La place de l’or dans un portefeuille (2025) ». L’étude complète examine le rôle de l’or dans une stratégie d’investissement globale.

Ses conclusions indiquent qu’une allocation de 5 % à 16 % du portefeuille peut être dédiée à l’or. Le reste se répartit entre différentes classes d’actifs comme les actions, les fonds ou l’immobilier. Dans cette logique, l’or physique sert surtout à réduire le risque global du portefeuille en compensant la volatilité des autres placements.

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